• Mamzelle Cervelle

Qui sommes-nous en ligne ?

Dernière mise à jour : 24 mai

Alors que depuis la pandémie nous passerions donc près de 7 heures par jour en ligne, nous devons gérer plusieurs types de communications, et manifester plusieurs facettes de notre identité. Entre réseaux personnels, ou professionnels par exemple, les codes ne sont pas les mêmes. Mais alors, se pose la question de notre personnalité sur internet : sommes-nous sincères sur internet ? Quel type de personnalité peut le plus bénéficier d’internet et pourquoi ? Qui se cache réellement derrière son clavier ? Est-ce que cela est amené à évoluer ?



Noah Busher sur unsplash.com

La personnalité sur internet


Le monde en ligne offre des facteurs d’expression et un sentiment particulier de liberté qui n'existent pas hors ligne dans les interactions sociales. C’est ce que le psychologue Yaïr Amichaï-Hamburger a appelé ‘les 7 magnifiques’. Selon cet expert des comportements sur internet, les facteurs suivants influencent grandement nos actes en ligne :

  • la perception d’anonymat : on peut parfois dissimuler notre identité

  • le contrôle sur sa propre exposition physique : nous ne sommes pas forcés de nous dévoiler physiquement.

  • le contrôle sur la communication : nous pouvons prendre le temps de rédiger, et souvent d'éditer ce que l’on a déjà partagé.

  • la facilité de trouver un utilisateur qui a les mêmes centres d’intérêts

  • l’accès et la disponibilité en tout temps

  • le sentiment d’équité : sur internet je peux commenter un post comme tout le monde

  • le ‘fun’ d’internet


Ces facteurs permettent donc de s'affranchir de stigmas sociaux pour pouvoir se faire rencontrer des utilisateurs qui pourront être plus rapidement et plus facilement eux-mêmes en ligne, et se confier. En effet, les scientifiques Bargh et McKenna ont pu montrer en 2002 que les internautes avaient tendance à se sentir plus libres d’être eux-mêmes en ligne. C’est d’ailleurs pour cela que dans l’article sur le dating en ligne nous rappelions cette opportunité d'entamer des relations sincères dans le cadre de rencontres amoureuses. Egalement selon cette étude, le ‘online’ favorise certaines personnes souffrant d’anxiété sociale en les faisant se sentir plus confortables pour s’exprimer de manière authentique et pour se faire des amis. On parle alors d’une potentielle ‘compensation sociale’ qui pourrait exister grâce à internet, pour des personnes qui ne seraient donc pas à l’aise dans les interactions sociales de la vie hors ligne.



Introversion et extraversion en ligne


La personnalité étant l’approche psychologique qui tente l’analyse la plus holistique de nos comportements individuels, il devient intéressant de découvrir ce que les études sur la personnalité montrent sur une des dimensions de ses plus importantes : Introversion vs. Extraversion. Et c’est encore en 2002 que des scientifiques de l'université de Carnegie Mellon, ont d'abord émis l’hypothèse qu’internet permettait aux personnalités extraverties d'avoir un canal de communication en plus pour manifester leurs habiletés sociales. Selon eux, les introvertis pourraient aussi y trouver une compensation sociale , et cette hypothèse est soulignée en 2013 ou on prête même à internet la capacité de promouvoir des capacités de leadership à des personnalités introverties pour lesquelles ce serait plus compliqué d’exprimer de telles compétences hors ligne.

L’une des raisons pour laquelle il est important de considérer les conséquences et même les bénéfices qu’internet pourrait amener à des personnes qui souffrent d'anxiété sociale c’est qu’elle touche beaucoup de gens. Au Québec par exemple, cela concernerait 7% de la population.


Mais attention tout de même, les études datant de 2002 à 2013 datent donc d’un temps où internet était plus anonyme qu’aujourd’hui. C'est-à-dire que désormais, la prépondérance des réseaux sociaux propose un contexte davantage nominatif où les réseaux de connaissances hors ligne sont à l’origine de la majorité des contacts des utilisateurs qui établissent un profil. D’ailleurs des travaux ont pu montrer que même si aussi bien les introvertis que les extravertis pouvaient y trouver leur compte sur internet, les usages étaient différents, et justement au regard du caractère anonyme ou nom des plateformes sociales. Ainsi, selon cette étude, alors que les extravertis seraient plus friands des fonctionnalités sociales sur les applications sociales ouvertes, les introvertis seraient plus attirés par les chats, les forums anonymes et les constructions sophistiquées de personnages dans les jeux de rôles.

Il ne s'agit que de nuances, mais il semble donc qu’internet puisse offrir des modalités toujours enrichies pour pouvoir interagir peu importe notre personnalité ou notre humeur.



Et le narcissisme alors ?


Les titres sensationnels battent leur plein sur la question du narcissisme apporté par les réseaux sociaux. En effet, on peut même lire parfois des articles qui décrivent l’émergence de toute une génération narcissique à cause des réseaux sociaux. Il est vrai qu’internet procure des plateformes, des blogs, des chats, des réseaux sociaux, qui sont autant de moyens pour cultiver son sens de l'importance à priori. Mais il s’agit encore d’usages particuliers plus marqués chez des narcissiques et qui étaient décrits en 2012 par Wang et ses collègues en Chine. Les selfies, leurs updates très réguliers, les posts pour indiquer des “je fais ci”, “je pense ça”... Seraient-ce des symptômes d’une génération née narcissique ? Probablement pas. Il est en revanche plausible qu'il s’agisse simplement de l’exploitation de fonctionnalités qui ont été mises en valeur sur les réseaux sociaux, et qui sont d’autant plus favorisées par les marques qui peuvent se ravir d’avoir des influenceurs générant de l’activité en créant des modèles d’utilisations que d’autres utilisateurs adoptent.

Pour autant, que l'origine soit liée au narcissisme ou non, si l'hypothèse d'un potentiel manque d'empathie généralisé dans notre société devient une réalité, c'est différent et cela peut inquiéter. Mais il appartient à tous de maintenir et de développer sa compréhension des autres. Il est aussi fondamental de ne pas stigmatiser toute une génération bien plus riche et hétérogène en la réduisant à des analyses caricaturales. Mieux se comprendre individuellement d'une part, et collectivement d'autre part, dans notre environnement en ligne est un axe qui m’intéresse davantage car il se présente comme un défi essentiel pour le futur de notre civilisation.



En bref :

  • Internet a pu proposer des moyens de compensation sociale pour les personnes qui pouvaient ressentir de l’anxiété sociale

  • Il ne s’agit pas de savoir qui en bénéficie le plus ou le moins, mais plutôt de comprendre les tendances qui amèneront certaines personnalités à être plus à l’aise d’utiliser certaines fonctionnalités que d’autres, notamment au regard du caractère anonyme ou non d’une plateforme sociale

  • Même si certains titres sensationnels voudraient nous faire croire que "les gens, c'était mieux avant” et que la presse à sensations parle de génération narcissique en évoquant les jeunes et leur attirance envers les réseaux sociaux, la notion d'empathie qui serait donc menacée est une question qui s’aborde collectivement dans les apprentissages et dans la société en général.







Références :

  • Bargh, J.A., McKenna, K.Y.A. and Fitzsimons, G.M. (2002), Can You See the Real Me? Activation and Expression of the “True Self” on the Internet. Journal of Social Issues, 58: 33-48. https://doi.org/10.1111/1540-4560.00247

  • Kraut, R., Kiesler, S., Boneva, B., Cummings, J., Helgeson, V. and Crawford, A. (2002), Internet Paradox Revisited. Journal of Social Issues, 58: 49-74. https://doi.org/10.1111/1540-4560.00248

  • Wang, J.-L., Jackson, L. A., Zhang, D.-J., & Su, Z.-Q. (2012). The relationships among the Big Five personality factors, self-esteem, narcissism, and sensation-seeking to Chinese University students’ uses of social networking sites (SNSs). Computers in Human Behavior, 28(6), 2313–2319. https://doi.org/10.1016/j.chb.2012.07.001

  • The Social Net: Understanding Our Online Behavior by Amichai-Hamburger, Yair (2013)

34 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout