• Mamzelle Cervelle

Le cerveau face aux Fake News : guide d’auto-défense

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, aux Etats-Unis, c’est dans la tranche d’âge des plus jeunes adultes, les 18-34 ans, que l’on trouve le plus de gens qui croient que la Terre est plate ! Comment se fait-il que les générations que l’on imagine les plus familières avec le digital puissent pourtant être aussi vulnérables aux fake news ? En regardant de plus près, on comprend que chaque principe de la fabrication de fake news est lié à l’un de nos biais cognitifs. C’est encore dans le cerveau que l’on peut aller y voir plus clair !

Depuis les élections présidentielles américaines de 2016 et la victoire de Donald Trump, le terme de ‘fake news’ est devenu de plus en plus familier. Certaines fausses informations sont assez faciles à identifier car elles remettent en cause des faits que nous avons pu vérifier, ou dont la démonstration a été réalisée. Mais il reste important de savoir comment se caractérisent les fake news et ce qui fait leur force.



Par Kajetan Sumila


Qu'est-ce qu’une fake news ?


Une fausse nouvelle sera un fait ou une histoire fausse, créé par un individu ou un groupe, dans le but d’influencer un public sur un point de vue, de promouvoir une personne politique (en décrédibilisant la concurrence par exemple), ou simplement de désinformer une audience. Pour cela, ces fake news doivent toucher le plus grand nombre, et sous différentes formes.

Elles comportent très souvent les caractéristiques suivantes :

  • Le cheval de Troie : tout d’abord elles sont publiées sur des sites dédiés qui ont l’apparence de sites légitimes d’information sur le sujet donné, ou carrément partagées par des chaînes d’information qui peuvent par exemple utiliser une image d’un contexte ancien et différent pour l’associer à un contexte présent. Mais les fake news peuvent bien bénéficier des partages par des comptes d’individus qui ont beaucoup d’abonnés.

  • Une émotion forte : une fausse nouvelle sera en général très chargée émotionnellement, et le plus souvent cette charge émotionnelle sera négative, pour accompagner un sentiment de peur ou de révolte qui la rendra encore plus "indélébile".

  • De sources multiples : les fausses nouvelles seront aussi publiées à travers des sources multiples pour être plus exposées et partagées par des utilisateurs


Sur chacune de ces caractéristiques, notre cerveau peut trébucher quant à sa pensée critique. Heureusement, avec une description simple de certains d’entre eux, des solutions émergent !


Cheval de Troie et biais d’autorité :

Entre février et mars 2021 avec une pandémie de covid-19 bien entamée, seulement 12 internautes antivax, rassemblant 59 millions d’abonnés, étaient responsables de 73% des contenus complotistes et anti-vaccins publiés sur Facebook, Twitter et Instagram !

Cela rend bien compte de l’influence de quelques comptes d’individus populaires sur la crédibilité accordée aux informations. C’est ce qu’on appelle le biais d’autorité : puisque l’on accorde de la crédibilité à une personne sur un domaine, on lui accorde la crédibilité sur un autre domaine, même si cela n’est pas lié à une expertise donnée. Ce biais joue aussi un rôle dans la promotion de produits par des célébrités :“si eux utilisent ce produit, c’est qu’il doit être de qualité!”. Par exemple, le fait que des influenceurs ou célébrités aient pu croire à la Terre plate et le partager, permet à cette thèse de recruter de nouveaux adhérents. Ici, cette thèse permet de défier la science au sens large.



Une émotion forte et biais de négativité :

Avez-vous eu connaissance d’une fake news qui aurait amené une bonne nouvelle ? Pour qu’une fake news circule et s’ancre dans les débats, elle sera forcément chargée d’une émotion forte, le plus souvent négative. Cela fonctionne car le cerveau mémorise mieux les informations chargées d’émotions et surtout si elles sont négatives ! Cela s’explique par le besoin de saillance des apprentissages de comportements d’évitement nécessaires à la survie. Donc en éveillant l’indignation et la révolte, ce sera non seulement important pour les individus exposés à la fake news, mais aussi plus facilement partagé car les posts à charge émotionnelle sont ceux qui déclenchent le plus d’activité sur les médias sociaux. C’est ainsi que le scandale devient viral.



Partages et illusion de vérité :

Les scientifiques avaient déjà pu montrer que les individus peuvent être amenés à croire une information si elle est suffisamment répétée. Par ailleurs, cela reste vrai même pour une information que l’on savait fausse. Donc il suffit pour une fake news de faire assez de bruit suffisamment de fois pour que le cerveau adhère à une thèse fausse. Lorsque des personnalités suivies répètent une fausse information, leurs soutiens ou leurs abonnés peuvent tout de même finir par y croire.


Que faire ?


Heureusement, en prenant conscience de ces biais, un petit guide de survie émerge en 4 points :

  1. Chercher ailleurs : lorsqu’il s’agira de nouvelles scandaleuses particulièrement, nous pourrons essayer de retrouver la même nouvelle décrite dans d’autres sources diverses, de référence, au lieu de ne se cantonner qu’à un petit nombre de personnalités. Il se peut que l’ensemble des sources soutenant l’une des thèse apparaisse effectivement plus varié, plus fiable et avec une vocation moins sensationnelle.

  2. Ouvrir le dialogue avec des interlocuteurs de confiance : On peut se référer à une connaissance ou bien à une personne qui serait apte à avoir une expertise supérieure dans un domaine en lien avec la potentielle fausse nouvelle.

  3. Anticiper la charge émotionnelle du titre d’un article : sur les sites d’informations les plus neutres, on trouvera moins de titres “sensas’”. Il y aura moins de points d’exclamations dans l’ensemble des titres d’une même source si elle est fiable. Les titres n’auront pas tous vocation à créer la surprise ou la révolte.

  4. Garder une approche empathique dans les échanges : il n’est pas forcément volontaire de croire en une thèse peu vraisemblable. Toutes les mécaniques digitales et cognitives représentent tout autant d’obstacles pour se raisonner. Nos capacités cognitives peuvent parfois être mises à mal dans un contexte stressant ou douloureux, alors cela peut arriver à tout le monde, donc un ton insultant ne résoudra pas grand chose.






Références :





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